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Le ministre de l'Éducation nationale, Benoît Hamon, a annoncé vendredi matin que les écoles pourraient concentrer les activités périscolaires sur une seule demi-journée.

Crédits photo : STRINGER/AFP

 Le gouvernement est en passe de vider en partie la réforme des rythmes scolaires de sa substance et de son sens. Pour calmer la grogne. Benoît Hamon, le ministre de l'Éducation nationale, a répondu aux demandes de l'Association des maires de France (AMF) de regrouper les activités périscolaires sur une demi-journée. Et il caresse aussi les enseignants dans le sens du poil.

Il confirme les pistes qui avaient déjà été annoncées par le premier ministre, Manuel Valls. Ce dernier avait avancé l'idée de permettre aux municipalités «de regrouper certaines activités» car «c'est ça qui était demandé, avec un problème plus spécifique concernant les maternelles», avait-t-il indiqué. Depuis la nomination du nouveau gouvernement, Jacques Pélissard, le président de l'Association des maires de France, ne cessait de dire qu'«à défaut d'assouplissement, nous demanderons le report de la réforme», réclamant notamment un regroupement. Mais en annonçant ce regroupement, le gouvernement offre aussi sur un plateau d'argent une demi-journée de libre aux enseignants… De quoi calmer les ardeurs de ceux qui étaient encore opposés à la réforme.

 Des économies substantielles pour les communes

Concrètement, le nouveau texte donnera la possibilité aux maires de rassembler les activités périscolaires en une seule demi-journée pour permettre aux communes en milieu rural «de passer des partenariats avec des associations, avec un conservatoire, avec d'autres communes et d'organiser plus simplement ce temps périscolaire», a expliqué Benoît Hamon. Il est en effet plus facile pour les petites communes isolées de recruter des animateurs pour une seule session d'une heure et demie hebdomadaire plutôt que pour deux sessions de quarante-cinq minutes sur deux jours différents, comme la plupart des communes passées aux nouveaux rythmes se sont aujourd'hui organisées… Le temps de transport peut en effet être rédhibitoire pour ces personnes. Regrouper les activités sur une seule demi-journée, cela signifie aussi plus de facilités pour organiser une sortie scolaire ou à la piscine, par exemple. Et des coûts allégés pour les communes en terme de transports. Ces derniers jours, les petites communes ne cachaient plus, en effet, ne pas pouvoir faire face à une telle organisation et envisager des temps de garderie en lieu et place des activités ambitieuses annoncées.

Nouveauté inattendue, en revanche, les communes qui le souhaitent pourront alléger encore plus la semaine en allongeant le temps de travail des enseignants au détriment des vacances scolaires. Elles pourront passer par exemple de 24 heures à 23 heures par semaine mais ils devront rattraper ces heures. Ce système existait dans certaines communes, avant 2008, où les enseignants travaillaient quatre jours par semaine. En contrepartie, ils rentraient quelques jours plus tôt, au mois d'août. Selon le texte, il sera même possible de limiter la semaine à 20 heures. Une «proposition inacceptable et inconcevable» pour la chronobiologiste Claire Leconte car elle impliquerait de rogner sur sept semaines de vacances!

 

«Plus personne ne s'intéresse aux enfants»

Cette dernière observe par ailleurs des «aberrations» dans le projet. Une des possibilités dérogatoires dans le décret de Vincent Peillon, avec des matinées de plus de 3h30, n'existe plus. Munster, Épinal, Lille étaient ainsi organisées avec de longues matinées, un temps favorable aux apprentissages. «On ne comprend pas pourquoi ce n'est plus possible», indique Claire Leconte.

Seule certitude, selon elle, si les communes ont obtenu gain de cause, personne «une fois de plus ne s'intéresse aux enfants» alors que la clé de rythmes scolaires améliorés résiderait surtout, selon elle, dans une plus grande implication des enseignants: «Plus personne ne s'intéresse au fait que les enseignants ne sont pas impliqués. Le texte ne parle que de chiffres. On ne s'intéresse pas aux enfants. Ce que je demande, c'est qu'on s'intéresse à l'enfant apprenant. Comment peut-on penser que le fait d'alléger une journée d'une demi-heure ou deux heures va changer quelque chose? C'est au sein de l'école elle-même et dans les pratiques des enseignants que les choses doivent changer. La plupart des enfants continueront à avoir des journées qui commencent à 7h30 et se terminent à 18h30.»

 

Source Le Figaro 25/04/2014 :

 http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/04/25/01016-20140425ARTFIG00134-rythmes-scolaires-le-gouvernement-plie-devant-les-maires-et-les-enseignants.php